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CULTURE

Culture : sur les traces du cinéma Birman

La production cinématographique en Birmanie est-elle réellement en danger ? C’est en tout cas ce que laisse croire l’état de délabrement de certains films, rongés par l’usure du temps, la chaleur et l’humidité. Pourtant aujourd’hui, un programme de restauration tout à fait particulier s’attache à donner une nouvelle vie à ce patrimoine, inscrit pour partie au patrimoine régional de l’UNESCO.

Le cinéma Birman : une production prolifique… et plus rien.

Depuis les années 1920, la production cinématographique birmane a été florissante, produisant ainsi plus d’une cinquantaine de films par an. Une situation qui a conduit à un véritable « Age d’or Birman » qu’on identifier volontiers durant la période des années 1950 à 1970. Vers la fin de cet âge, près de 100 films originaux étaient ainsi réalisés chaque année. Un certain nombre de cinéastes locaux s’était même taillé une belle réputation en dehors des frontières du pays, du moins jusqu’au changement de régime qui vit la Birmanie tomber entre les mains de la junte militaire en 1962. Ce n’est qu’en 2011, avec la dissolution de la junte au pouvoir, que certains réalisateurs passionnés n’ont pu que constater l’ampleur du chantier : la préservation des pellicules n’était manifestement pas une priorité du Ministère de l’Information durant toutes ces années.

Et maintenant ?

Les premiers constats sont alarmants : si certaines pellicules semblent endommagées mais peuvent faire l’objet d’une restauration minutieuse dans certains cas, d’autres ont tout simplement disparu. Il ne resterait plus aujourd’hui qu’une dizaine de films parmi les premiers réalisés durant l’âge florissant, tos en noir et blanc. Dès 2016, un programme de restauration est engagé en Italie, à travers le travail de spécialistes de la restauration. Grâce à la persévérance de Severine Wemaere, co-fondatrice de MEMORY! Cinéma, il a ainsi été levé près de 86 000 euros de fonds pour ce projet titanesque. Le premier film à faire l’objet d’une attention soutenue est Mya Ga Naing (littéralement « La jungle d’émeraude »). Les experts passent ainsi des centaines d’heures dans un laboratoire spécialisé à numériser chaque scène, tout en supprimant les rayures du film. Une version muette, trouvée dans les archives de Berlin, permet d’optimiser le travail.

Cependant, ce travail de reconstitution méticuleux ne permettra pas de sauvegarder d’autres grands classiques. Pour certains réalisateurs locaux comme Maung Okkar, la chose est vécue comme un véritable drame : « Certains films n’ont pas pu être restaurés. D’une certaine manière, c’est un peu comme si j’avais perdu l’un de mes plus proches parents ».